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Travail de nuit et cancer du sein : une décision historique du tribunal administratif de Marseille

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Le 08 avril 2026

Travail de nuit et cancer du sein : une décision historique du tribunal administratif de Marseille

Le 3 mars 2026 marque une date majeure pour la reconnaissance des risques liés au travail de nuit. Le tribunal administratif de Marseille a établi l’origine professionnelle du cancer du sein contracté par une infirmière ayant travaillé 25 ans en horaires nocturnes au centre hospitalier de Martigues (Bouches‑du‑Rhône).
Pour la première fois en France, le travail de nuit est reconnu comme facteur prédominant dans le développement de cette maladie.

Cette décision ouvre une brèche importante dans la prise en compte des effets du travail de nuit sur la santé, en particulier pour les professionnelles du soin, très exposées et encore trop peu protégées.

Une avancée majeure pour les droits des travailleuses

L’infirmière concernée avait exercé pendant un quart de siècle en horaires décalés, avec des rythmes perturbant durablement son sommeil et son équilibre biologique.
Le tribunal a estimé que ces conditions de travail avaient joué un rôle déterminant dans l’apparition de son cancer du sein, reconnaissant ainsi le lien direct entre exposition professionnelle et maladie.

Cette reconnaissance est d’autant plus importante que le cancer du sein n’est pas inscrit aujourd’hui dans un tableau de maladies professionnelles lié au travail de nuit. Les victimes doivent donc prouver elles‑mêmes le lien entre leur activité et la pathologie — un parcours long, complexe et souvent décourageant.

La CFDT en première ligne

Dans un article publié le 9 mars 2026 sur Santé & Travail, Rozenn Guéguen, secrétaire nationale de la CFDT Santé‑Sociaux, souligne la portée de cette décision. Selon elle,

« cette décision de justice va donner de la visibilité à un impensé du travail de nuit ».

La militante rappelle que les effets du travail nocturne sur la santé — troubles du sommeil, risques cardiovasculaires, cancers hormonodépendants — sont documentés depuis des années par la recherche scientifique, mais encore trop peu reconnus par les institutions.

La CFDT accompagne actuellement une trentaine de dossiers similaires, portés par des soignantes et d’autres professionnelles exposées à des horaires nocturnes prolongés. L’organisation syndicale espère que ce jugement fera jurisprudence, facilitant la reconnaissance des maladies liées au travail de nuit.

Vers la création d’un tableau de maladie professionnelle

L’enjeu dépasse le cas individuel. La CFDT appelle désormais à la création d’un tableau de maladie professionnelle spécifique au travail de nuit, permettant une reconnaissance automatique pour les salariées exposées.

Un tel tableau constituerait :

  • une sécurisation juridique pour les victimes ;

  • une simplification des démarches de reconnaissance ;

  • une prise en compte réelle des risques liés à l’organisation du travail ;

  • un levier pour améliorer les conditions de travail dans les secteurs les plus concernés, notamment la santé, le médico‑social, la sécurité et la logistique.

Un signal fort pour repenser le travail de nuit

Cette décision du tribunal administratif de Marseille envoie un message clair : le travail de nuit n’est pas neutre, et ses conséquences sur la santé doivent être pleinement reconnues et compensées.

Pour la CFDT, cette avancée doit s’accompagner :

  • d’une réflexion sur la réduction du recours au travail nocturne ;

  • d’une meilleure prévention des risques ;

  • d’un suivi médical renforcé pour les salariées concernées;

  • d’une revalorisation des métiers fortement exposés.

Conclusion

La reconnaissance du cancer du sein comme maladie professionnelle liée au travail de nuit constitue une victoire importante pour les droits des travailleuses et un pas décisif vers une meilleure prise en compte des risques professionnels.
La CFDT continuera de se mobiliser pour que cette décision fasse jurisprudence et aboutisse à la création d’un tableau de maladie professionnelle, garantissant justice et protection pour toutes les salariées concernées.